Vous n'êtes pas mariés, mais vous souhaitez acheter un bien immobilier ensemble. C'est une situation de plus en plus fréquente en Belgique — selon les estimations, près d'un achat immobilier sur trois implique aujourd'hui des co-acquéreurs qui ne sont pas liés par un contrat de mariage. Cohabitants légaux, cohabitants de fait, amis investisseurs, membres d'une famille : l'indivision est la forme juridique par défaut qui s'applique à tous ces cas.
Mais l'indivision est aussi l'une des situations juridiques les plus sources de conflits et de complications dans l'immobilier belge. En cas de séparation, de désaccord ou de décès, les règles qui s'appliquent peuvent être très différentes de ce que les co-acquéreurs imaginaient au moment de l'achat.
Chez Estate & Value, nous accompagnons régulièrement des couples et des co-investisseurs dans leurs projets d'achat. Voici ce qu'il faut savoir — et ce qu'il faut faire — avant de signer.
L'indivision est la situation juridique dans laquelle plusieurs personnes détiennent ensemble des droits sur un même bien immobilier, sans qu'une partie physique précise ne soit attribuée à chacun. Chaque indivisaire possède une quote-part abstraite — exprimée en pourcentage (50/50, 60/40, 70/30) — mais pas une portion matérielle du bien.
À ne pas confondre avec la copropriété d'un immeuble à appartements, où chaque copropriétaire est propriétaire d'un lot précis et d'une quote-part des parties communes. En indivision, le bien reste entier et appartient conjointement à tous les indivisaires selon leurs parts respectives.
Ces parts sont fixées dans l'acte d'achat passé devant notaire. Elles correspondent généralement à l'apport financier de chacun — mais pas nécessairement. Vous pouvez décider librement de la répartition (50/50 même si les apports sont inégaux, par exemple), à condition que cela soit clairement stipulé dans l'acte.
En Belgique, le cadre juridique d'un achat en indivision varie sensiblement selon le statut du couple. Ce n'est pas un détail — c'est souvent la différence entre une situation protégée et une situation précaire.
Les époux bénéficient de la protection la plus étendue. Selon leur régime matrimonial (communauté légale, séparation de biens ou communauté conventionnelle), les règles de propriété varient — mais dans tous les cas, le principe de protection du logement familial s'applique : aucun des deux conjoints ne peut vendre, hypothéquer ou donner en location le logement familial sans le consentement écrit de l'autre. En cas de décès, les droits successoraux du conjoint survivant sont protégés par la loi.
La cohabitation légale est une déclaration faite devant l'officier de l'état civil. Elle confère certaines protections : le principe de protection du logement familial s'applique aussi aux cohabitants légaux, et la responsabilité solidaire pour les dettes ménagères est prévue par la loi. En revanche, les droits successoraux sont limités : le cohabitant légal hérite de l'usufruit sur le logement commun et les meubles, mais pas de la pleine propriété. Et contrairement aux conjoints mariés, il ne bénéficie pas de réserve héréditaire — ce qui signifie que l'autre peut, par testament, lui retirer ce droit.
C'est la situation la plus fragile juridiquement. Les cohabitants de fait n'ont aucune protection légale automatique sur le logement commun. En cas de décès de l'un d'eux, l'autre n'hérite de rien si aucun testament n'a été rédigé — les héritiers légaux (parents, frères et sœurs) priment. En cas de séparation, aucune règle légale ne protège le partenaire économiquement le plus faible. Tout repose sur ce qui est prévu dans l'acte d'achat et une éventuelle convention de cohabitation.
En cas de rupture, les deux indivisaires doivent s'entendre sur le sort du bien. Trois issues sont possibles :
En droit belge, la règle générale est que nul n'est contraint de rester en indivision. Tout indivisaire peut demander le partage judiciaire — mais cette procédure est longue (parfois plusieurs années), coûteuse en frais d'avocat, et débouche souvent sur une vente judiciaire du bien à un prix inférieur au marché. Un désaccord entre indivisaires est l'un des scénarios les plus douloureux et les plus coûteux de l'immobilier belge.
Si l'un des co-acquéreurs décède sans testament ni disposition particulière, sa quote-part est transmise à ses héritiers légaux — pas nécessairement à son partenaire. Pour un cohabitant de fait, cela peut signifier que les parents, frères et sœurs du défunt deviennent co-propriétaires du bien que le survivant habite. Une situation à la fois affectivement et juridiquement très difficile.
En indivision, les décisions importantes concernant le bien (vente, travaux importants, remboursement anticipé du crédit, mise en location) nécessitent en principe l'accord de tous les indivisaires. Si l'un refuse ou est dans l'impossibilité de décider (maladie, absence, mésentente), toute action est bloquée. Une majorité des deux tiers des droits indivis peut, dans certains cas limités, forcer une décision — mais cela reste complexe et conflictuel.
En cas de crédit hypothécaire souscrit conjointement, les deux emprunteurs sont solidairement responsables de la totalité de la dette — pas seulement de leur quote-part. Si l'un cesse de payer (perte d'emploi, séparation, mauvaise foi), l'autre doit assumer la totalité des remboursements. La banque ne se soucie pas de votre situation personnelle — elle se retourne contre le ou les garants solvables.
La clause d'accroissement peut être insérée dans l'acte d'achat lorsque deux personnes acquièrent un bien en pleine propriété et à parts égales (50/50). Elle stipule que la quote-part du partenaire qui décède revient automatiquement au survivant — sans passer par la succession et ses droits associés.
Cette clause est particulièrement utile pour les couples non mariés qui souhaitent protéger le partenaire survivant sans avoir à rédiger un testament complexe. Elle présente néanmoins un coût fiscal : le survivant paie des droits d'enregistrement sur la part reçue.
⚠️ Attention : la clause d'accroissement n'est possible que pour un achat à 50/50. Elle n'est pas applicable pour des parts inégales (60/40, 70/30).
Une convention de vie commune (ou convention d'indivision) est un document rédigé de préférence par un notaire, dans lequel les co-acquéreurs définissent les règles qui régissent leur situation commune :
Pour les cohabitants légaux, cette convention doit être signée devant notaire. Pour les cohabitants de fait, elle peut être rédigée sous seing privé, mais l'acte notarié offre une sécurité juridique bien supérieure. Son coût se situe généralement entre 300 et 700 € — un investissement minimal au regard des complications qu'elle permet d'éviter.
En cas de décès de l'un des emprunteurs, l'assurance solde restant dû rembourse tout ou partie du crédit hypothécaire à la banque. Si elle est souscrite de manière croisée (chacun assure l'autre pour 100 % du capital), le survivant se retrouve propriétaire du bien libre de toute dette hypothécaire.
C'est souvent la mesure de protection la plus simple et la plus efficace — et elle est fortement recommandée pour tout co-emprunteur, quel que soit son statut.
Pour les cohabitants de fait qui souhaitent protéger leur partenaire au-delà de ce que permet la clause d'accroissement (parts inégales, autres biens, capitaux d'épargne), le testament reste l'outil le plus souple et le plus complet. Il doit être rédigé avec soin par un notaire pour éviter toute contestation des héritiers réservataires (enfants, notamment).
Dans certains cas — notamment pour des achats entre plusieurs personnes qui ne sont pas en couple, ou pour des investisseurs souhaitant organiser leur patrimoine — la création d'une Société Civile Immobilière (SCI) peut être une alternative à l'indivision classique. Les parts de la SCI sont transmissibles plus facilement, la gestion peut être déléguée à un gérant, et les décisions sont prises selon les statuts de la société.
La SCI présente cependant des coûts de création et de gestion plus élevés, et n'est pas adaptée à tous les projets. Elle mérite d'être envisagée uniquement après consultation d'un notaire et d'un fiscaliste.
Acheter à plusieurs est une décision qui s'anticipe — pas seulement sur le plan financier, mais aussi sur le plan juridique. Les trois questions à vous poser avant tout achat en indivision :
Chez Estate & Value, nous orientons systématiquement nos clients co-acquéreurs vers les bons interlocuteurs — notaire, conseiller juridique, assureur — pour que votre achat commun soit une décision sereine plutôt qu'une source de litiges futurs.
Owning a home is a keystone of wealth… both financial affluence and emotional security.
Suze Orman