En Wallonie, le marché de la location résidentielle traverse une période de tension croissante. Les loyers progressent à un rythme soutenu, l'offre se contracte, les obligations réglementaires se renforcent — et les petits investisseurs bailleurs s'interrogent sur la viabilité de leur engagement. Que vous soyez propriétaire d'un bien locatif ou futur locataire, voici le tour d'horizon complet du marché wallon en 2026, avec les chiffres réels et les règles à connaître.
Le baromètre annuel de Federia (Fédération des agents immobiliers francophones) pour 2025 est sans ambiguïté : la Wallonie a enregistré la hausse des loyers la plus marquée des trois régions belges, avec une progression moyenne de +5,4 % sur un an. Le loyer moyen wallon atteint désormais 879 €/mois, toutes typologies confondues.
Cette progression est toutefois à nuancer selon le type de bien :
Par grandes villes wallonnes, les loyers moyens se répartissent comme suit (données Federia 2025) : Arlon reste la ville la plus chère de Wallonie avec 968 €, suivie de Namur (844 €, +4,98 %), Mons (814 €, +5,99 %) et Liège (789 €, +4,92 %), cette dernière étant désormais la seule grande agglomération wallonne sous le seuil des 800 €.
« La hausse significative des loyers médians met en évidence la disparition disproportionnée des logements les plus abordables. Ces biens quittent le marché à un rythme soutenu et ne sont pas remplacés, ce qui accentue les tensions structurelles. » — Charlotte De Thaye, directrice générale de Federia
La hausse des loyers wallons n'est pas conjoncturelle — elle est le reflet d'un déséquilibre structurel entre l'offre et la demande qui s'aggrave. Plusieurs facteurs s'additionnent.
La réforme des droits d'enregistrement à 3 % a eu un effet paradoxal sur le marché locatif : en rendant l'achat plus accessible, elle a incité une partie des locataires à devenir propriétaires — ce qui est positif pour l'accession à la propriété, mais réduit mécaniquement la demande locative d'un côté. De l'autre côté cependant, l'offre locative se contracte simultanément, car de nombreux petits propriétaires bailleurs — qui représentent 76 % des bailleurs belges selon l'IWEPS — ont vendu leurs biens locatifs, découragés par l'empilement des obligations réglementaires, la hausse du précompte immobilier dans certaines communes et les contraintes énergétiques croissantes.
Depuis le 1er janvier 2025, le calendrier adopté par le Parlement wallon prévoit qu'un logement classé PEB G ne peut plus être mis en première location — autrement dit, un label F minimum est désormais requis pour toute nouvelle mise en location. Les baux en cours ne sont pas immédiatement résiliés, mais devront être mis en conformité lors du prochain changement de locataire. Si le principe est voté, certaines sources de 2026 signalent que les mesures d'exécution et les sanctions ne sont pas encore pleinement opérationnelles sur le terrain — il est conseillé de consulter le SPW Énergie ou votre notaire pour connaître votre situation précise. Quoi qu'il en soit, l'anticipation reste la meilleure stratégie : les biens énergivores quittent le marché et ne sont pas remplacés, ce qui accentue la pression sur les loyers des logements conformes.
La décohabitation — le nombre croissant de personnes vivant seules suite aux divorces, aux décohabitations générationnelles et aux nouvelles formes de ménage — gonfle la demande de logements individuels sans que l'offre ne suive. Chaque divorce crée mécaniquement deux ménages là où il n'y en avait qu'un.
Être bailleur en Wallonie implique de respecter un cadre réglementaire précis, ancré dans le Code wallon de l'Habitation durable. Voici les obligations essentielles à maîtriser.
Tout contrat de bail portant sur un logement situé en Wallonie doit être enregistré auprès du SPF Finances dans les 2 mois suivant la signature. Cette formalité est gratuite et peut s'effectuer via la plateforme MyRent. Les conséquences d'un défaut d'enregistrement sont importantes : le locataire peut résilier le bail sans préavis ni indemnité, et le bailleur perd son droit de procéder à l'indexation annuelle du loyer.
En Wallonie, la garantie locative est plafonnée à 2 mois de loyer (hors charges). Elle doit obligatoirement être placée sur un compte bloqué au nom du locataire — jamais versée en espèces directement au propriétaire. Cette règle est impérative et toute clause contraire dans le bail est nulle.
Tout logement mis en location en Wallonie doit répondre aux critères minimaux définis par le Code wallon de l'Habitation durable : superficie minimale, hauteur sous plafond suffisante, installation électrique conforme, système de chauffage fonctionnel, absence d'humidité excessive, inviolabilité du domicile et respect de la vie privée. Un logement déclaré insalubre peut faire l'objet d'une injonction de travaux et d'une réduction de loyer ordonnée par le juge de paix.
Un permis de location est exigé pour certains types de logements : les logements collectifs et les petits logements individuels d'une superficie habitable de 28 m² ou moins. Ce permis est délivré par la commune après vérification des critères de qualité du logement. Sans permis valide, la mise en location de ces biens est illégale.
Le certificat PEB est obligatoire pour toute annonce de mise en location. Il doit figurer dans l'annonce publiée et être remis au locataire lors de la signature du bail. Depuis janvier 2025, le calendrier wallon prévoit qu'un label F minimum est requis pour toute nouvelle mise en location — le label G n'est en principe plus admis. Les baux existants en cours ne sont pas immédiatement résiliés, mais devront être conformes au prochain changement de locataire. Le calendrier prévoit un renforcement progressif : label E minimum en octobre 2028, label D en octobre 2031, label C en octobre 2034.
L'indexation est l'un des mécanismes que les bailleurs maîtrisent le moins bien — et pourtant l'un des plus importants pour maintenir la cohérence économique de leur investissement.
Chaque année, à la date anniversaire du bail, le bailleur peut adapter le loyer à l'évolution du coût de la vie en appliquant la formule officielle basée sur l'indice santé publié par Statbel. L'indexation n'est pas automatique : le bailleur doit la notifier par écrit au locataire. Elle est rétroactive sur maximum 3 mois — si le bailleur oublie une année, il ne peut pas la récupérer au-delà de ce délai.
Depuis janvier 2026, une nouvelle base de l'indice santé est en vigueur (2025 = 100), remplaçant l'ancienne base 2013 = 100. Pour un bail signé avant 2026, l'indice de départ reste exprimé dans l'ancienne base — une conversion est donc nécessaire pour calculer correctement l'indexation. Le calculateur officiel de Statbel (statbel.fgov.be) effectue cette conversion automatiquement. Son utilisation est fortement recommandée pour éviter toute erreur de calcul contestable.
Pour un bail avec un loyer de base de 850 €, signé en avril 2024, dont l'indexation intervient en avril 2026 : le nouveau loyer est de 882 € environ, soit une hausse effective de 3,76 %, correspondant à l'évolution de l'indice santé entre ces deux dates.
L'indexation n'est possible que si le bail est enregistré. Un bail non enregistré ne peut pas être indexé — raison supplémentaire de ne jamais négliger cette formalité.
Le droit wallon du bail protège le locataire sur plusieurs points essentiels que tout bailleur doit connaître pour éviter les litiges.
Le marché locatif wallon reste attractif pour les investisseurs bien positionnés — mais les règles ont changé. Quelques conclusions pratiques :
Chez Estate & Value, nous accompagnons propriétaires et investisseurs dans la gestion et la valorisation de leur patrimoine locatif dans la région de Spa, Verviers et du Plateau de Herve. Si vous avez des questions sur votre bien locatif ou sur un projet d'investissement, notre équipe est à votre disposition.
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Suze Orman